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Nomade numérique en Espagne, salarié ou indépendant : deux dossiers qui ne se ressemblent pas

Salarié d'une entreprise ou indépendant avec des clients : le visa admet les deux, mais exige des documents différents. Et il plafonne l'indépendant à 20 % de revenus espagnols.

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Par Eva Moreno Ortiz ·

Le visa nomade numérique admet deux profils : le salarié qui télétravaille pour une entreprise étrangère et l'indépendant qui fournit des services à des clients hors d'Espagne. Dans les résumés en ligne, ils apparaissent comme deux cases interchangeables d'un même formulaire. Ils ne le sont pas. Ils exigent des documents différents, émis par des acteurs différents, et l'un des deux comporte un plafond qu'il vaut mieux connaître avant de déménager.

L'essentiel en un coup d'œil

Salarié Indépendant
Lien à justifier Relation de travail avec une entreprise Relation professionnelle avec une ou plusieurs
Ancienneté minimale 3 mois dans l'entreprise 3 mois avec ces clients
Continuité exigée L'entreprise autorise le télétravail La relation se poursuivra au moins 1 an
Condition sur l'entreprise Activité réelle et continue ≥ 1 an Idem pour les clients
Plafond de revenus espagnols Sans objet 20 % maximum de l'activité
Documents types Contrat, attestation d'employeur, lettre d'autorisation Contrats de prestation, factures, lettres de clients
Nombre de traductions Peu et prévisible Autant que de clients justifiés

Salarié : peu de documents, mais qui ne dépendent pas de vous

Le dossier du salarié est plus court et plus net. Il faut justifier trois choses : que l'entreprise existe et fonctionne, que vous y travaillez depuis un certain temps, et qu'elle vous autorise à le faire depuis l'Espagne.

  • Activité réelle et continue de l'entreprise depuis au moins un an. C'est une condition portant sur elle, pas sur vous, et elle se justifie par des documents officiels du pays où elle est immatriculée.
  • Ancienneté minimale de trois mois dans cette entreprise.
  • Autorisation expresse de télétravailler depuis l'Espagne, en général une lettre signée par l'entreprise.

Cela a une conséquence qu'il faut accepter dès le premier jour : les documents qui décident de votre dossier ne sont pas émis par vous. Vous dépendez du service juridique de votre entreprise, de sa compréhension de votre demande et de sa signature. Si l'entreprise n'a jamais eu personne en télétravail depuis l'étranger, cela peut prendre des semaines.

Conseil pratique : demandez cette lettre au plus tôt, et demandez-la avec le texte déjà rédigé. Une lettre disant « nous autorisons X à exercer ses fonctions depuis l'Espagne », sur papier à en-tête, signée et datée, règle la question ; une lettre disant « X est un collaborateur précieux » ne règle rien.

Indépendant : plus de liberté, plus de papiers

L'indépendant a un avantage évident — personne d'autre n'a à signer quoi que ce soit — et un inconvénient symétrique : il doit construire avec plusieurs documents ce que le salarié démontre avec un seul.

Il faut justifier une relation professionnelle avec une ou plusieurs entreprises non situées en Espagne, d'au moins trois mois d'ancienneté, et que cette relation se poursuivra pendant au moins un an. Ce dernier point est important et souvent négligé : il ne suffit pas de prouver que vous avez facturé, il faut prouver que vous continuerez à facturer. Un contrat avec une durée stipulée, ou une lettre de client s'engageant sur la continuité, vaut bien plus qu'un historique de factures éparses.

Et puis il y a le plafond.

Les 20 %, la limite qui définit le statut

On peut travailler pour des entreprises espagnoles, mais ce travail ne peut dépasser 20 % de l'activité professionnelle totale.

La logique est solide : il s'agit d'un visa de télétravail international, pas d'une voie d'accès au marché du travail espagnol. Si l'essentiel de votre facturation venait d'Espagne, vous demanderiez la mauvaise autorisation.

En pratique, mieux vaut le suivre avant de déposer et continuer à le suivre ensuite. Un indépendant qui arrive, s'installe et commence à décrocher des clients locaux peut franchir ce seuil sans s'en apercevoir et découvrir le problème au renouvellement, c'est-à-dire au pire moment.

Ce qui se traduit dans chaque cas

Toute documentation en langue étrangère se dépose traduite en espagnol par un traducteur habilité par le MAEC. La différence entre les deux profils n'est pas le quoi, c'est le combien.

En tant que salarié, vous traduisez en général trois choses : le contrat ou l'attestation d'employeur, la lettre d'autorisation et les documents justifiant l'activité de la société. Ce sont des documents brefs et le budget est prévisible.

En tant qu'indépendant, vous traduisez autant de documents qu'il vous faut de clients pour soutenir le dossier. Deux contrats de prestation et deux lettres de clients font quatre traductions. Cela reste parfaitement gérable, mais mieux vaut l'anticiper au début qu'à la fin.

Une remarque qui vaut pour les deux : les documents commerciaux étrangers — le certificate of good standing, l'extrait du registre, les statuts — ont généralement besoin d'une apostille avant traduction. Et l'ordre n'est pas négociable : d'abord l'apostille, ensuite la traduction, car l'apostille fait partie du document et se traduit avec lui.

Un cas fréquent : être les deux à la fois

Beaucoup de gens ont un emploi principal et quelques clients à côté. Inutile d'inventer une vie qu'on n'a pas : on justifie le profil au titre duquel on dépose, avec ses documents, et on déclare le reste avec cohérence.

Ce qui ne fonctionne pas, c'est de construire un dossier qui raconte une histoire et de déposer des documents qui en racontent une autre. La cohérence entre ce que vous déclarez, ce que vous justifiez et ce que vous faites réellement est ce qui est examiné le plus attentivement. Et c'est, à la longue, le plus facile à tenir : il suffit que ce soit vrai.


Ce guide reflète la pratique courante à la date de publication ; la fiche de votre consulat et les critères de l'UGE priment sur tout résumé. Une fois vos documents identifiés, vous pouvez consulter le prix de leur traduction assermentée avant de la commander.

Par Eva Moreno Ortiz, Traductrice-Interprète Assermentée habilitée par le MAEC.

Questions fréquentes

Vos questions, nos réponses

Puis-je demander le visa nomade numérique en tant qu'indépendant avec plusieurs clients ?

Oui. La condition est qu'il s'agisse d'entreprises non situées en Espagne et que la relation professionnelle ait au moins trois mois d'ancienneté.

Puis-je avoir des clients espagnols comme nomade numérique ?

Oui, mais avec un plafond : le travail pour des entreprises situées en Espagne ne peut dépasser 20 % de votre activité professionnelle totale.

Depuis combien de temps l'entreprise doit-elle exister ?

Elle doit justifier d'une activité réelle et continue depuis au moins un an. C'est une condition portant sur l'entreprise, pas sur vous, et elle se prouve par des documents du registre du commerce.

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