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Origines de l'écriture : le cunéiforme et la glyptique cylindrique (IV)

L'héritage du cunéiforme et son déchiffrement au XIXe siècle : comment des millénaires d'histoire perdue ont été retrouvés.

Par R.M.M. Jordán ·

4.2.1. Georg Friedrich Grotefend

Les immenses périodes pendant lesquelles l'écriture cunéiforme s'est développée provoquèrent l'évolution non seulement des langues, mais aussi de l'écriture. Un nouveau problème surgissait alors : les inscriptions cunéiformes envoyées par Botta à Paris n'avaient pas le même aspect que celles que Niebuhr avait rapportées de Persépolis.

Tant les échantillons de Botta que ceux de Niebuhr deviendraient les modèles pour tous ceux qui sortiraient plus tard des ruines apparaissant dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate.

Le mérite des premiers pas dans le déchiffrement de l'écriture cunéiforme revient à Grotefend. Et tout cela à cause d'un pari.

Grotefend s'appuya sur de mauvaises copies d'inscriptions trouvées à Persépolis pour parvenir à ce que les meilleurs spécialistes de l'époque avaient considéré comme impossible.

En 1802, il présentait à l'Académie des sciences de Göttingen les premiers résultats de ses recherches qu'il intitula : Praevia de cuneatis quas vocant inscriptionibus persepolitanis legendis et explicandis relatio.

Bien qu'au départ il se soit appuyé sur les écrits des auteurs grecs pour déchiffrer le cunéiforme, il n'avait pas l'appui d'une stèle trilingue comme celle dont Champollion bénéficierait vingt ans plus tard pour déchiffrer les hiéroglyphes, et, en outre, il ne connaissait aucune des trois langues et écritures qui y figuraient. Il partit de la simple étude minutieuse du texte : les signes cunéiformes n'étaient pas de simples ornements, comme l'avait prétendu Hyde, mais bien une véritable écriture.

Comme le démontra Grotefend, les coins tendaient préférentiellement vers quatre directions, mais toujours de telle sorte que la direction principale fût de haut en bas ou de gauche à droite. Les angles formés par deux coins s'ouvraient toujours vers la droite. Il en déduisit également que l'écriture devait se lire de gauche à droite — au contraire, par exemple, des langues orientales qui s'écrivent de droite à gauche.

Il supposa également que certaines coutumes n'auraient pas trop changé malgré le temps écoulé. Comme les copies de cunéiformes en sa possession provenaient de monuments, il était raisonnable de penser que l'équivalent du « repose en paix » des tombes occidentales était déjà gravé à cette époque. Ainsi vues, les premières paroles des monuments perses contemporains ne devaient pas trop différer de celles de leurs monuments plus anciens.

Si les inscriptions les plus anciennes connues commencent par un énoncé qui glorifie le roi, pourquoi, alors, n'en irait-il pas de même dans les cunéiformes ?

Avec cette hypothèse, Grotefend franchit le premier pas qui le conduisit à déchiffrer puis à traduire l'écriture cunéiforme.

Ce n'était qu'un premier pas, mais son travail, fondé sur les écrits grecs relatifs aux dynasties perses — surtout Hérodote — le mena à formuler une théorie qui se révéla irréfutable. Ensuite, il ne lui resta plus qu'à apporter des corrections jusqu'à reconstituer tout l'alphabet.

4.2.2. Henry Rawlinson et l'inscription de Behistun

Henry Rawlinson (1810-1895), sans avoir aucune notion des travaux de Grotefend ni des autres auteurs, déchiffra l'écriture cunéiforme d'une manière similaire à celle de l'Allemand. Mais, en 1836, en comparant son alphabet à celui de Grotefend, il comprit qu'il l'avait dépassé.

Dans la région de Bagistana, sur l'ancienne route reliant Hamadan à Babylone, se dresse une falaise dont la paroi rocheuse porte une frise sculptée représentant des personnages : le Grand Roi (Darius) vainqueur de ses ennemis, et ses ennemis eux-mêmes. De part et d'autre et au pied, sont gravés sur quatorze colonnes les récits du roi et de ses œuvres en trois langues : vieux perse, élamite et babylonien. Il s'agit de la falaise de Behistun.

De l'emplacement de l'inscription au fond du ravin, la hauteur est de cinquante mètres, ce qui n'arrêta pas Rawlinson, qui se laissa descendre jusqu'à elle et en copia l'antique inscription perse.

En 1846, il présenta à la Royal Asiatic Society de Londres non seulement la première copie exacte de l'inscription de Behistun, mais aussi sa traduction complète.

Parmi les noms les plus importants qui contribuèrent au déchiffrement de l'écriture cunéiforme, on peut également citer l'assyriologue irlandais Edward Hincks, le savant français d'origine allemande Julius Oppert, le Britannique William Henry Fox Talbot et le Danois Westergaard.

Début de la série : partie I, partie II, partie III.

Par R.M.M. Jordán, Historien.

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