1. Introduction
L'invention du monde mésopotamien qui eut la plus grande portée pour le développement ultérieur de l'humanité fut celle de l'écriture, à la fin de l'âge du cuivre ou Chalcolithique, qui transforma radicalement la structure politique, économique et sociale des établissements urbains.
Les premiers documents sont les tablettes inscrites provenant d'Uruk IV (3800-3200 av. J.-C.), à écriture pictographique, dans laquelle chaque signe symbolisait l'image d'un ou de plusieurs objets concrets et représentait un mot dont le sens était équivalent ou similaire à l'objet dessiné. Cependant, les premiers textes dont on démontre qu'ils sont écrits en sumérien datent de la période de Djemdet Nasr (3200-3000 av. J.-C.). Au début, les signes utilisés dans l'écriture étaient très nombreux (entre 2 700 et 2 400). Avec le temps, leur nombre diminua : les scribes, à la recherche d'un usage plus pratique d'un système peu maniable, simplifièrent et standardisèrent peu à peu les dessins, jusqu'à ce que les symboles pictographiques originaux disparaissent au profit de marques en forme de coin — d'où son nom de cunéiforme. L'écriture cunéiforme se stabilisa ainsi autour de 600 signes. On les imprimait sur l'argile encore molle au moyen de calames d'os ou d'ivoire.
Presque toutes les tablettes furent utilisées à des fins comptables ou d'inventaire. Ce n'est qu'à la fin du Dynastique archaïque (2900-2334) que l'écriture commença à être employée pour enregistrer des événements historiques.
2. Diffusion de l'écriture cunéiforme
Au IIe millénaire av. J.-C., l'écriture cunéiforme se diffusa vers les peuples voisins, atteignant la Syrie et la zone élamite. Du fait de son caractère pratique, le cunéiforme fut adopté par les différentes langues de la région, comme le hittite et l'ourartéen. À cette époque, il était déjà implanté dans tout le Proche-Orient.
Les demandes bureaucratiques devinrent de plus en plus spécifiques en raison des relations croissantes entre les cités-États (IIIe millénaire), de sorte que le système administratif des scribes acquit une importance décisive. D'où l'extraordinaire développement des écoles de scribes. Les études des futurs scribes, en raison de l'extrême complexité du système d'écriture, duraient plusieurs années. La scolarité était nécessairement très longue pour cette raison ; la complexité du cunéiforme et la pauvreté des méthodes pédagogiques obligeaient l'adolescent à s'entraîner durablement aux signes cunéiformes et à apprendre des listes de vocabulaire. L'objectif était de former des techniciens de l'écriture, compétents chacun dans une branche particulière, capables de copier et de lire un type de texte précis.
La demande croissante de correspondance, de traités politiques et internationaux, la nécessité de contrôler et de consigner les reçus de paiement, les évaluations ou les marchandises en échange — par exemple à Ur et à Nippur — produisit l'essor de la profession de scribe ; les scribes accédèrent ainsi au contrôle direct de toute information.
Une curiosité sur le travail des scribes : tout comme à notre époque on prenait deux feuilles et un papier carbone pour obtenir la copie d'un document, les scribes prenaient deux tablettes d'argile encore molles et, avec un calame taillé, y gravaient leurs notes de commande ; ils en gardaient un exemplaire et remettaient l'autre, qui en était la copie exacte, après les avoir cuites au four, ce qui les durcissait instantanément et les rendait plus résistantes que n'importe quel papier — comme le prouve le fait qu'après plus de trois mille ans, elles puissent encore nous renseigner avec exactitude.
Les milliers de tablettes retrouvées dans les archives royales du palais G d'Ebla (IIIe millénaire), dans les archives des palais de Mari et d'Ougarit (IIe millénaire), les tablettes de Tello et l'immense bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive forment la documentation indispensable qui permet aux historiens orientalistes de reconstruire l'histoire et les modes de vie de ces sociétés.
La suite dans la deuxième partie de cette série.
Plus :
Écriture cunéiforme dans d'autres langues :
- allemand : Keilschrift
- anglais : Cuneiform script
- espagnol : Escritura cuneiforme
- italien : Scrittura cuneiforme
- polonais : Pismo klinowe
- portugais : Escrita cuneiforme
- roumain : Scriere cuneiformă
- russe : Клинопись
- arabe : كتابة مسمارية
- chinois : 楔形文字