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BlogHistoire de la traduction

Une introduction à l'épigraphie

Qu'est-ce que l'épigraphie, comment étudie-t-on les inscriptions anciennes et pourquoi est-elle importante pour l'histoire et la traduction.

Par R.M.M. Jordán ·

L'épigraphie est la science auxiliaire de l'histoire qui étudie les inscriptions sur supports durs, tels que la pierre ou le métal, à la différence de la paléographie, qui s'occupe des inscriptions réalisées sur des supports périssables, comme le papyrus ou le parchemin, et qui étudie également l'évolution de l'écriture. L'épigraphie est toujours anonyme, adressée à un public anonyme.

L'épigraphie en tant que discipline existe à peu près depuis la fin du XVe siècle. Parmi ses premiers acteurs, on trouve non seulement des érudits, mais aussi des marchands et des voyageurs. Les compilations de l'époque proviennent de l'examen direct ou d'inscriptions dont on avait entendu parler.

Les premiers épigraphistes furent de simples compilateurs ou des humanistes adonnés à l'épigraphie qui produisirent des contributions plus ou moins scientifiques.

À la fin du XVe siècle, on découvrit également la valeur probatoire de l'épigraphie pour légitimer des entreprises politiques ou militaires. Certaines inscriptions évoquent des faits qui n'ont jamais existé, créées pour justifier des motivations politiques, militaires ou des entreprises coloniales d'outre-mer.

Ces falsifications furent parfois dénoncées, mais d'autres entrèrent dans la bibliographie et leur autorité s'imposa jusqu'aux XVIIIe et XIXe siècles. On bâtit sur elles des chroniques qui contaminèrent des milieux savants dont l'écho est parvenu jusqu'à nous. Les références à Tubal, petit-fils de Japhet et père d'Iberus, en sont l'exemple type.

Cyriaque d'Ancône (1391-1455) est le fondateur de l'épigraphie scientifique et le premier à se soucier de recueillir le plus grand nombre possible d'inscriptions. Toutefois, la véritable épigraphie scientifique n'apparaîtra qu'avec les Lumières. C'est alors que l'on commencera à cataloguer et à commenter les inscriptions de manière systématique.

L'épigraphie devint souvent une activité étroitement liée aux milieux ecclésiastiques. Le lapidaire vatican est l'un des plus importants du monde (du XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle). La pratique épigraphique fut très liée à l'Église en raison de la formation latine qu'elle dispensait.

Parmi les chercheurs des Lumières, on trouve le comte de Lumiares, Gregorio Mayans — l'un des meilleurs connaisseurs de l'épigraphie — et le marquis Scipione Maffei, qui rassembla une grande collection. Beaucoup d'autres suivirent leurs pas et, au XIXe siècle, cet intérêt se concrétisa par une opération internationale de recueil de catalogues épigraphiques, centralisée à Berlin (Académie de Prusse).

Ce mouvement affecta les textes de manière inégale : il y eut un courant d'intérêt pour les inscriptions latines tandis que les grecques furent largement laissées de côté, sauf dans les couvents grecs et égyptiens. Jusqu'au XIXe siècle, il n'y eut pratiquement pas d'histoire de l'épigraphie grecque ; celle-ci subsista néanmoins, de manière plus ou moins marginale, jusqu'à cette époque.

Quant aux inscriptions provenant d'autres cultures, les circonstances sont bien plus hermétiques. Cet intérêt nouveau découle de l'ignorance absolue qui régnait jusqu'aux travaux de Jean-François Champollion (1790-1832). La Pierre de Rosette n'est qu'un premier pas : à la différence du cunéiforme, dont nous disposons de nombreux textes, nous en avons moins en hiéroglyphes, et le Linéaire A n'a pu être déchiffré qu'en faible partie.

Au Proche-Orient, le système cunéiforme peut paraître homogène, mais il s'agit de systèmes qui n'ont en commun qu'une seule caractéristique : l'emploi d'un système de signes incompréhensible hors de son époque. Presque tous les systèmes d'écriture antiques étaient syllabiques, à l'exception du latin et du grec. Cela fait qu'aux mêmes ignorant tout d'une langue ancienne, on peut au moins reconnaître que l'on a affaire à une construction syllabique.

L'épigraphie n'a de sens que dans un cadre où celui qui écrit et celui qui lit maîtrisent un système de signes permettant de comprendre et de traduire ce qui est écrit. Ce processus est essentiel, car c'est lui seul qui garantit que l'inscription produise le message voulu. Toutes les inscriptions portent un message. Lorsqu'elles sont anciennes, ce sont des pièces uniques dont il n'existe aucune copie.

L'épigraphie d'aujourd'hui est reproduite par des moyens mécaniques, même si elle conserve les mêmes usages (noms de rues, etc.). Dans l'Antiquité, il y eut un temps où l'épigraphie se faisait également par des moyens mécaniques : on estampait le nom du fabricant à l'intérieur des récipients. C'est pourquoi, lorsque l'estampage devient mécanique, le résultat cesse d'être une inscription : c'est désormais un instrument (instrumentum). Ce n'est plus une pièce individuelle.

Les monnaies étaient frappées au moyen d'une enclume, d'un disque métallique et d'un marteau. C'était un procédé manuel : il n'y avait jamais deux monnaies identiques. Les monnaies actuelles restent des objets épigraphiques.

Curieux est le cas des canalisations, qui portent des inscriptions échappant à toutes les circonstances précitées : elles étaient gravées au nom de leurs fabricants ou des villes auxquelles elles étaient destinées, mais, au lieu d'être exposées, elles étaient enterrées. Une épigraphie destinée à ne pas être vue.

Le premier travail face à une inscription est de la lire, ce qui n'est pas toujours possible, même quand on possède le code. Nous pouvons lire les inscriptions romaines, mais sur certaines, anciennes, la lecture ne suffit pas à comprendre le texte, car le monde antique recourait à des abréviations qui ne sont pas toujours connues. Les raisons en sont diverses : la taille de la pierre, des considérations économiques (plus le nombre de lettres est élevé, plus le coût est élevé) ou la méconnaissance de la langue par les graveurs (les déclinaisons du latin, etc.).

Traduction du mot ÉPIGRAPHIE en différentes langues :

  • allemand : Epigraphik
  • anglais : Epigraphy
  • espagnol : Epigrafía
  • italien : Epigrafia
  • polonais : Epigrafika
  • portugais : Epigrafia
  • roumain : Epigrafie
  • russe : эпиграфика
  • arabe : نقوش, دراسة النقوش
  • chinois : 金石学
Par R.M.M. Jordán, Historien.

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