LA BIBLIOTHÈQUE
De 282 à 133 av. J.-C., sous le règne de la dynastie des Attalides, Pergame se distingua par sa richesse et son grand pouvoir en tant que royaume.
La ville était bâtie en terrasses, en tirant parti de la pente prononcée des collines, suivant un tracé équilibré qui soulignait le contraste entre sa belle architecture et ses espaces ouverts.
La bibliothèque s'étendait vers le nord, au niveau du premier étage des portiques, et comprenait plusieurs salles dans lesquelles étaient rassemblés des manuscrits, des volumes et des œuvres d'art.
Au IIe siècle av. J.-C., le roi Attale Ier Sôter fonda la bibliothèque et son fils Eumène II l'agrandit, en faisant alors la plus grande et la plus célèbre de son temps, surpassée seulement par celle d'Alexandrie. Tandis que l'école d'études grammaticales de cette dernière se spécialisait dans les textes littéraires et la critique grammaticale, celle de Pergame pencha vers la philosophie, en particulier le stoïcisme. Elle s'orienta davantage vers la logique que vers la philologie.
La grandiose bibliothèque de Pergame, qui finit par rassembler entre deux cent mille et trois cent mille volumes, souligne le rôle de capitale culturelle que la ville avait acquis, au point de rivaliser avec Alexandrie, dont la bibliothèque fut détruite par l'incendie de 47 av. J.-C.
Selon Plutarque, Marc Antoine aurait ordonné le transfert de la bibliothèque de Pergame à Alexandrie en compensation de la prétendue destruction par les Romains de la bibliothèque alexandrine. La bibliothèque ainsi confisquée aurait été installée dans la nouvelle bibliothèque alexandrine, plus petite, construite dans le Serapeum par Ptolémée II.
Hadrien sera l'héritier de la dévotion hellénistique pour les bibliothèques. Il en fut un grand mécène, parmi lesquelles celle d'Athènes.
LE PARCHEMIN
Contrairement à ce qui se pratiquait à Alexandrie, c'est-à-dire l'usage du papyrus, Pergame utilisait pour ses volumes un matériau appelé parchemin, ainsi nommé précisément parce que c'est depuis cette ville qu'il fut diffusé et popularisé.
Le parchemin était obtenu à partir de peaux d'animaux soumises à un traitement permettant d'élaborer des feuilles lisses et fines. Outre son rôle principal de support d'écriture, il servait aussi à d'autres usages, comme la reliure.
Son apparition comme support d'écriture repose sur une légende rapportée par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle. Selon celle-ci, le recours aux peaux d'animaux pour la confection de parchemins serait dû à la crainte de Ptolémée V d'Égypte que la bibliothèque d'Eumène II ne dépasse les fonds de la sienne. Ptolémée, exerçant son pouvoir de détenteur du monopole d'État, aurait alors ordonné la suppression de l'exportation de papyrus. Eumène aurait alors trouvé la solution à cette pénurie en imposant le parchemin comme support d'écriture.
Toutefois, les peaux d'animaux utilisées pour l'écriture étaient d'usage courant en Asie depuis des temps immémoriaux. Il est très probable que ce que l'on obtint à Pergame fut une amélioration de la qualité, et non l'invention elle-même — d'où le nom de parchemin.
Il ne fait aucun doute que la raison du prestige et de la renommée du parchemin tient aux avantages qu'il offrait par rapport au papyrus. D'abord, la peau, en tant que matière première, ne nécessitait pas de culture particulière, étant d'origine animale ; ensuite, elle était plus abondante, plus durable que le papyrus et, contrairement à celui-ci, pouvait être utilisée des deux côtés. Enfin, son usage favorisa le remplacement du rouleau par le codex, composé de plusieurs feuillets assemblés en cahier.
Les termes membrana pergamena ou pergamenum apparaissent après l'édit de Dioclétien de 301, les classiques latins désignant jusque-là le parchemin sous le nom de membrana. Au Moyen Âge, le parchemin fut appelé charta et, selon le type de peau employée, charta vitulina, charta caprina, charta ovina et charta montonina.
Le premier, charta vitulina ou virginia, était un parchemin de luxe en raison de sa grande qualité, obtenue à partir d'un traitement minutieux de la peau d'agneaux nouveau-nés.
Le procédé d'obtention était le suivant : une fois les peaux choisies, elles étaient macérées dans le sel pendant trois jours ; on en retirait les poils et les restes de chair au couteau et on en coupait les bords. Une fois nettoyées, elles étaient à nouveau plongées dans le sel ; pour le séchage, on les tendait sur un châssis et, une fois sèches, on les traitait à la pierre ponce pour obtenir une surface uniforme avant, enfin, de les passer à la craie.
Toutefois, la qualité n'était pas toujours la même, quelle que soit la valeur des peaux utilisées, car, en raison du travail accompli sur elles, elles pouvaient s'avérer plus rugueuses, plus poreuses, plus sombres ou de couleur différente : tout dépendait du soin apporté à leur élaboration. Jusqu'au XIIIe siècle, leur confection se faisait dans les scriptoria des grands monastères.
Nous possédons des preuves — quelques fragments et témoignages littéraires — qui confirment son usage à l'époque classique de Rome. Toutefois, les manuscrits qui nous restent ne remontent pas au-delà du IVe siècle et les documents ne dépassent pas l'an 670.
Bien que le parchemin ait continué à être utilisé pendant tout le Moyen Âge, presque sans rival, avec l'apparition du papier et de l'imprimerie son usage fut réservé aux documents. Au-delà, il disparut de l'édition de livres.
Les codices purpurei étaient des manuscrits sur parchemin teint en pourpre. Il en existait aussi d'autres, recouverts de bleu foncé. On y écrivait à l'encre d'or ou d'argent sur la pourpre, et à l'encre blanche ou rose sur le bleu. Mais de ces codex luxueux on en produisit peu tout au long du Moyen Âge.
Les palimpsestes ou codices rescripti furent, au Moyen Âge, la manière d'exploiter les parchemins déjà écrits, en effaçant le texte précédent pour les réutiliser. Le procédé était le suivant : on effaçait l'écrit en plongeant les folios dans du lait, puis on les frottait avec une éponge. On les laissait sécher et, une fois secs, on les frottait à nouveau, cette fois à la pierre ponce, dans l'espoir d'éliminer complètement toute trace de ce qui avait été écrit auparavant. Une fois cela obtenu, on adaptait le parchemin à l'usage nouveau qu'on voulait lui donner.
Ce qui avait été écrit sur les palimpsestes médiévaux put être récupéré à partir du XIXe siècle, lorsqu'on découvrit la méthode permettant de le restaurer pour qu'il devienne à nouveau lisible.